Ma pratique de massage (re)vues sous l’angle de la Thérapie Brève (partie 1/2)

août 10th, 2012

Présentation

Je propose ici une mise en parallèle de ma pratique massage et de l’approche de Palo Alto qui a donné naissance à la Thérapie Brève.

Cette réflexion est extraite du mémoire réalisé en fin de formation en Thérapie Brève à l’Institut Grégory Bateson (IGB).

Vu la longueur du texte, je le publierai en deux parties:

La première présente une réflexion autour de mon parcours.

La seconde présentera une réflexion sur ma pratique de massothérapeute vue sous l’angle de l’approche de Palo Alto.

Entre les deux, le texte initial proposait un parallèle entre la Technique F.M. Alexander et la Thérapie Brève (approche de Palo Alto) que je ne publie pas ici. En effet, cette réflexion s’écarte du massage proprement dit, même si  la Technique F.M. Alexander influence fortement ma pratique de massothérapeute.

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Première partie:

Introduction générale de l’article:

Réflexions générales autour de mon parcours

La première fois que j’ai reçu un massage, j’ai perçu qu’une communication non verbale s’élaborait entre la praticienne et moi. Réaliser qu’il était possible d’établir une réelle relation par un autre canal que celui du langage m’a enthousiasmée car j’ai toujours placé la relation au centre de mes intérêts.

En effet, c’est l’expérience de relations avec des personnes âgées qui m’a motivée à entreprendre des études d’infirmières, et non un attrait particulier pour les techniques médicales. J’ai vite été désillusionnée par la normativité du monde médical et par ses rapports de pouvoir très hiérarchisés où le patient est trop souvent objectivé et déshumanisé.

Plus tard je suis devenue institutrice après avoir découvert la pédagogie Freinet, une pédagogie émancipatrice qui place la relation à l’enfant au centre de ses préoccupations et qui vise à éveiller les diverses potentialités du sujet en devenir qu’est l’enfant.

Enfin, suite à un passage par l’université, j’ai animé des formations pour adultes. Ici aussi c’est la relation qui était au centre de mes préoccupations : je me suis donc toujours orientée vers des professions centrées sur la communication et mon intérêt pour la thérapie brève se situe dans cette continuité.

Le massage

Recevant donc un premier massage, je le vécus comme une relation entre deux corps. Et cette expérience fut le début d’une grande aventure… Rapidement, j’ai commencé à me former à diverses techniques de massage et à développer mon sens du toucher afin d’apprendre à communiquer tactilement. Très vite aussi, je me suis rendue compte que je ne massais pas uniquement avec mes mains mais avec l’ensemble de mon corps, et que ce corps n’était que virtuellement séparé de ce qu’on appelle l’esprit. A travers ces expériences de massages, donnés et reçus, j’ai ainsi pu expérimenter l’unité de l’être, la non-dualité entre corps et esprit.

Non dualité

Arrêtons-nous un peu sur cette « rupture conceptuelle entre l’esprit et la matière »[1], selon une expression de G. Bateson. Dans le langage courant, nous parlons de notre corps ou d’une de ses parties comme s’il s’agissait d’une entité séparée de nous.

Pourtant, lorsque nous tentons de préciser ce qui est du ressort purement physique ou strictement psychique, nous nous heurtons à de grandes difficultés : une émotion, par exemple, est-elle strictement de la matière ou uniquement de l’esprit ? Et la pensée ? Nietzsche disait qu’il pensait en marchant : il utilisait donc l’ensemble de son corps pour mettre sa pensée en mouvement.

Et nous avons tous déjà observé que nos pensées étaient déterminées par notre état corporel, et que celui-ci influençait également nos pensées. Pensons aux styles que prennent nos pensées quand, par exemple, nous avons mal au ventre, et inversement, quand nous nous sentons en pleine forme.

Il me semble donc impossible de séparer corps et esprit car ils reposent à la fois l’un dans l’autre et l’un sur l’autre. Ils sont inextricablement entremêlés : toute activité de l’esprit est donc toujours incorporée et influencée par l’état du corps et, inversement, la situation corporelle influence celle de l’esprit. « Corps » et « esprit » sont seulement deux mots pour désigner les deux facettes d’un seul phénomène, une même expérience ; même si notre façon de la nommer nous la fait percevoir différemment.

Dans mon parcours de massothérapeute, il m’a donc rapidement paru naturel, mais aussi essentiel, d’affiner ma sensibilité et ma conscience corporelle, ou plus précisément ma conscience globale, à travers différentes pratiques telles que la méditation, le yoga, le tai-chi, la danse contemporaine et la Technique F.M. Alexander.

J’ai présenté dans le texte initial cette dernière car d’une part  la Technique F.M. Alexander.influence grandement ma pratique de massage et d’autre part, elle repose sur des prémisses que l’on retrouve dans la Thérapie Brève[2]. Il m’a toujours paru important d’établir des liens entre mes diverses expériences pour construire ainsi, pas à pas, mon système de connaissances qui influence ma vision du monde.

Le toucher

Tout d’abord j’aimerais amener quelques précautions. Présenter des techniques liées au toucher (que ce soit la Technique F.M. Alexander ou le massage) n’est en effet pas une sinécure. Leur compréhension est tellement liée à une expérience et à une pratique (comme d’ailleurs celle de la Thérapie Brève) qu’il n’est pas facile de les traduire en langage, d’autant plus que le domaine de la conscience corporelle est peu valorisé par notre langue.

Comment dès lors composer un discours « méta » à partir d’une expérience psychocorporelle, qui reste, en grande partie hors langage ? La difficulté est similaire à celle d’expliquer la lumière à un aveugle de naissance, la musique à celui qui n’a jamais entendu une note, ou encore l’état amoureux à celui qui ne l’a jamais vécu.

La mise en langage d’une expérience ne rend jamais complètement compte de celle-ci. Alors que la tendance la plus courante consiste à ordonnancer le monde à partir de concepts, ces techniques liées au toucher partent de l’expérience à partir de laquelle elles nous invitent à remonter vers le langage et même vers un amont de celui-ci, vers un amont du mental[3].

Ces pratiques corporelles sont autant d’invitation à briser la dichotomie conceptuelle corps-esprit, pourtant fortement ancrée dans notre culture. Ce type d’approche rejoint le constructivisme radical d’E. Von Glaserfeld, selon lequel la connaissance se construit sur la somme des expériences. J’y reviendrai.

Fin de la première partie.


Notes:
[1] Bateson G., « Une unité sacrée – Quelque pas de plus vers une écologie de l’esprit », Seuil, Paris, 1996, p. 248.

[2] J’ai également observé des convergences entre la méditation et la Thérapie Brève mais, dans le cadre de ce travail, je me limiterai à présenter les approches concernant directement ma pratique professionnelle.

[3] Une rhétorique pascalienne convient certainement mieux ici qu’une cartésienne.


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